Baisse du prix du carburant : Politiques et étudiants passent à l'action

Jeudi 05 Fevrier 2015 7:27 AM Posted by JUNIAS JEAN JACQUES

Martelly/Lamothe le plus corrompu, selon Steven Benoit 

Ce mercredi, plusieurs milliers de manifestants ont arpenté divers quartiers populeux de l’aire métropolitaine, avant d’emprunter le centre-ville, pour réclamer une réduction, jusqu’à cent gourdes, du prix du carburant.

Selon Assad Volcy, membre de la Plateforme Pitit Desalin, une autre revendication vient allonger la liste. « Après avoir dénoncé la corruption, les gabegies administratives et l’insécurité, aujourd’hui nous réclamons une baisse des prix des produits pétroliers. Michel Martelly, qui a dilapidé les fonds du programme PetroCaribe, veut que la masse défavorisée paye sa facture », dénonce-t-il, avant de tempêter cet adage du vernaculaire haïtien « nou pat manje pwa, nou pap ka bay lapire ». Selon lui, le président de la République ferait mieux d’investir cet argent dans des activités productives capables de générer des richesses. « Il faut que Martelly quitte le pouvoir », réclame-t-il.

Après avoir trouvé un accord avec le gouvernement, des syndicats de chauffeurs ont annoncé la levée de la grève dont la 2e journée était programmée pour mardi. Ces syndicats de chauffeurs ont attisé les critiques de plusieurs acteurs de l’opposition. Certains voient chez ces derniers une tentative de récupération du mouvement des transporteurs. Pour Assad Volcy, la grève a été lancée de manière « concertée ». « La coalition des organisations populaires de l’opposition avait donné une conférence de presse pour lancer la grève », argumente-t-il, avant d’accuser les syndicalistes d’avoir « trahi la population ». « La crise politique nous permet de faire une décantation entre ceux qui sont dans le « mauvais bord », à savoir le Parlement, les syndicats, des partis politiques tels que Fusion, Kontrapèpla, Inite, Ayisyen pou Ayiti et ceux qui restent dans le « bon bord » », explique-t-il, faisant allusion à la méringue carnavalesque du chanteur de Brothers Possee, Don Kato.

Durant le parcours de la manif qui s’est déroulée sous l’œil vigilant des forces de l’ordre, des étudiants de l’UEH, notamment de la Faculté des sciences humaines, de la Faculté d’ethnologie et de l’INAGHEI, qui ont, la veille, dressé des barricades de pneus enflammés, s’étaient fait remarquer. Pour Samuel Morancy de la Faculté des sciences humaines, « aujourd’hui le mouvement prend une autre ampleur ». « Tout le monde est concerné par la question des produits pétroliers. Nous ne sommes pas des Dominicains, nous ne pouvons pas récupérer un mouvement qui concerne toutes les couches de la société haïtienne », argumente-t-il, remerciant la Plateforme Pitit Desalin pour avoir lancé ce mouvement.

Pour sa part, l’ancien sénateur et membre du directoire du Parti Fanmi Lavalas, Louis Gérald Gilles, se montre très acide envers des économistes qui prédisent une inflation en cas de réduction du prix du carburant qui est susceptible d’engendrer un déficit budgétaire. « Cette crise politique est beaucoup moins criante que la crise sociale qui ronge la masse défavorisée. Certains économistes s’adonnent à une « masturbation intellectuelle » pendant que le peuple croupit dans la misère, arguant que la baisse du carburant aura des conséquences. Où étaient-ils lorsque le pouvoir s’adonnait à la dilapidation des fonds publics ?», tempête l’ancien mousquetaire des beaux jours de Fanmi Lavalas, rejoint par André Fadot et Sénatus Jean Rénold, qui réclament une réduction de 100 Gourdes sur le prix du carburant. « À partir de la semaine prochaine, le peuple haïtien lancera sa grève. Les syndicats jaunes ne pourront plus négocier avec le gouvernement », préviennent-ils.

Chasse aux véhicules de l’État Deux véhicules immatriculés Service de l’État ont été incendiés ce même jour. Une Toyota Land Cruiser, immatriculée SE 01480, a été retrouvée calcinée à l’avenue Jean-Paul II. Un pick-up Nissan, immatriculé SE 0612, a été brûlé à l’angle de l’avenue Christophe et la rue Lafleur Ducheine, à quelques encablures de l’INAGHEI, de l’IERAH et la Faculté des sciences humaines. Sur place, des étudiants ont indiqué au Nouvelliste qu’ils n’ont fait que « constater cette voiture en train de brûler, probablement à cause d’un accident ». Pour sa part, le chauffeur du pick-up, Chavanne Étienne, juge au tribunal civil de Port-au-Prince, qui a contacté le journal, accuse des étudiants d’avoir mis le feu dans sa voiture. « Ils m’ont demandé de m'arrêter, avec un panneau Stop, de descendre du véhicule et de prendre uniquement mes pièces importantes. Ensuite, ils ont arraché une portière avant de mettre le feu », détaille-t-il, indiquant avoir remarqué la présence d’un leader de l’opposition tout près de l’action.

Durant tout l’après-midi, des heurts ont eu lieu entre des manifestants, des étudiants et des agents du CIMO à l’avenue Christophe, aux rues Magloire Ambroise, Oswald Durand et St-Honoré. Etudiants, manifestants et agents du CIMO ont lancé des pierres, des tessons de bouteille et des grenades lacrymogènes. Les organisateurs donnent rendez-vous ce jeudi et samedi prochain pour continuer d’occuper le macadam. Sur le parcours, des manifestants ont demandé aux parents de garder leurs enfants à la maison la semaine prochaine.

 

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