Financement du déficit public : Charles Castel rassure

Jeudi 05 Fevrier 2015 7:27 AM Posted by JUNIAS JEAN JACQUES

Martelly/Lamothe le plus corrompu, selon Steven Benoit 

Parce que « la situation est délicate » pour les finances publiques, pour l’économie chétive, anémiée dont la croissance est susceptible d’être compromise à cause, entre autres, de la raréfaction des ressources de PetroCaribe en cette année d’élections, la BRH, comme d’habitude, « ne dort pas au volant », a assuré Charles Castel, fort en métaphore, ce mardi 4 février 2015.

Le gouverneur, « préoccupé » mais zen, laissant l’impression d’avoir les moyens pour « faire son job », sans promettre l’impossible, a sorti des chiffres pour dimensionner le niveau du financement monétaire du déficit public, source de préoccupations, à un moment où le ministre de l’Economie et des Finances, Wilson Laleau, a appelé à « décréter l’état d’urgence économique ». « Le financement du déficit public depuis septembre 2014 tourne autour de 4,5 milliards de gourdes », a révélé le gouverneur de la BRH, Charles Castel.

Loin d’atteindre les 10 milliards de gourdes, soit le 1/5 des recettes du précédent budget de la République, ce financement a été effectué conformément à l’article 45 de la loi sur la banque centrale, a-t-il expliqué, minutieux dans ses détails sur le ratio recette et dépenses publiques pour chasser un tant soit peu d’ombre au tableau. « On a un plus gros pourcentage de non-réalisation de dépenses que de recettes », a mis en perspective Charles Castel, indiquant que les prévisions de recettes tablent sur 5 milliards de gourdes pour 5,5 milliards de dépenses. « Quand toutes les recettes ne sont pas réalisées, ne pensez pas que les dépenses sont effectuées », a souligné Charles Castel.

Pour répondre aux économistes qui craignent une poussée d’inflation consécutive au financement monétaire du déficit, le patron de la banque des banques mise gros sur ses instruments pour « stériliser » l’économie comme les bons BRH pour réduire la disponibilité de gourdes. « C’est une histoire qui se déroule », a illustré Charles Castel pour mettre en confiance, comme pour dire que la banque centrale s’ajustera au besoin. « On ne va pas verrouiller l’économie pour ne pas étrangler le peu de croissance que nous avons », a-t-il rassuré, réaffirmant sa ligne par rapport à ceux qui plaident pour une dévaluation de la gourde afin de relancer la production, la croissance.

Il est intraitable. Pas de dévaluation. C’est une question de perspectives par rapport aux réalités observées, aux responsabilités. « Le change est un prix. Quand on vous dit si Haïti avait un taux de change plus bas, on serait plus compétitif, on pourrait vendre plus, ma question est la suivante : dites-moi ce que vous allez vendre et on discutera du prix. Pour le moment, on importe », a expliqué Charles Castel qui rappelle à souhait que « la politique monétaire est une politique publique qui doit être mise en cohérence avec d’autres politiques publiques ». La stabilité à long terme sera possible par la croissance. « La BRH ne peut pas tester la dévaluation. Nous n’avons pas ce laboratoire », a affirmé avec un zeste de sarcasme Charles Castel qui met en avant ses responsabilités envers les élus, envers la population, vulnérable, sans filet de sécurité. Le spectre d’émeute, comme cela a été le cas en 2008, n’est pas une vue de l’esprit, a expliqué Charles Castel. Le gouverneur redoute les conséquence d'un taux de change de 55 ou 60 gourdes pour un dollar. Il ne sera pas l'homme de la dévaluation, pas l'homme du ballon d'essai souhaité par certains.

Charles Castel, rappelant que PetroCaribe finançait en majorité des projets d’investissements publics, croit qu’il faut passer à l’analyse au cas par cas afin de s’ajuster, de faire des choix, des arbitrages. Le gouverneur a confié être plus « préoccupé par la croissance que par la stabilité cette année et dans le long terme parce que le pays ne produit pas assez et n’exporte pas assez ». Ne plus avoir cette source de finance peut nuire.

Cependant, Charles Castel a souligné que « nous ne pouvons pas prédire en toute probité et honnêteté qu’à cause de la raréfaction d’une source de financement qu’on va vers un éclatement ». « Nous n’avons pas toujours eu PetroCaribe et ce programme n’a pas financé des dépenses de fonctionnement », a-t-il fait remarquer, projetant l’image d'un gouverneur préoccupé, non alarmiste et courageux d’un pays pauvre avec une croissance économique plombée par une kyrielle de causes.

 

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